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Le blog d'Anthony Favier

Trois histoires, trois positionnements.

20 Février 2017 , Rédigé par Anthony_Favier

Et si les imaginaires issus de la Seconde Gurerre mondiale continuaient d'inspirer plus ou moins consciemment les positionnements politiques actuels ?

La Grande Bretagne n'a pas connu l'humiliation de la défaite. La Bataille d'Angleterre, l'héroïsme de la Royal Air Force et le stoïcisme des Londoniens aux côtés de la famille royale dessinent une épopée que la culture populaire n'a de cesse de célébrer. Cette dernière a peut-être tendance à minorer le rôle des Russes et des Américains de la Grande Alliance dans la victoire finale contre le nazisme. Le Brexit révèle que le pays compte quelque part toujours sur ses propres forces pour rayonner dans le monde. L'empire rénové dans le Commonwealth et l'anglophonie constituent un horizon plus ou moins assumé d'une économie mondialisée contre les rêves d'une gestion bureaucratisée et étatisée du continent.

Si le "Rule Britannia !" peut servir de récit a des milieux populaires, ne souhaitait il pas plutôt qu'on leur apporte de la sécurité et des emplois ? Le pays ne devrait il pas faire le deuil de son splendide isolement et assumer, dans un monde où les poids lourds économiques et démographiques, ne sont plus européens son arrimage continental ?

L'Allemagne se porte bien depuis qu'elle est réunifiée ou plutôt depuis que la RFA a absorbé la RDA. Sa trajectoire de succès est visible depuis la disparition du nazisme. Le pays s'est salutairement remis en cause. Ayant abandonné tout rêve impérial après la Seconde Guerre mondiale, la branche "démocratie de marché" de la partition d'après Guerre s'est reconstruit sur un idéal de mesure et de volonté. La perfection allemande est, avant tout, celle de ses entreprises et de ses institutions marquées par la cogestion d'une part et la recherche du consensus d'autre part. Sur le plan des valeurs, l'accueil d'un million de réfugiés a montré que c'est l'Allemagne, et plus la France ni le Royaume-Uni, qui joue le rôle de conscience democratique d'un continent en proie au repli et aux populismes. Nulle nostalgie ne la paralyse dans l'innovation et l'Allemagne a su plutôt bien effectuer le tournant vers un capitalisme mondialisé. Sa situation historique l'a même aidée à se concentrer sur ce qui était vraiment important dans un vaste marché mondial : l'éducation, l'innovation et la productivité.

Si l'Allemagne se trouve en bonne posture, comment peut elle tirer vers le haut ses voisins européens autrement qu'en desserrant un étau sur des pays en difficultés dans la zone euro (la Grèce) et en réinvestissant une partie de ses excédents commerciaux dans une relance qui pourrait aider ses voisins ? Sans cela, le pays pourrait réactiver une germanophobie, enracinée dans toute l'Europe sur des représentations historiques bien ancrées, au moment où elles seraient les plus erronés et les plus éloignées de la réalité de ce qu'est devenu le pays.

La France, enfin, associe de la pire des manières les deux traits : la nostalgie et la remise en cause. Pays de la débâcle, de la défaite et de l'occupation, un salutaire effort a été en effet fait pour sortir des discours patriotiques fanfarons. Le succès d'une série comme un Village français en témoigne. Les Francais ont consenti après Guerre à une remise en cause. Elle a signifié la construction européenne qui passait par la réconciliation avec l'Allemagne. En ont-ils pour autant pleinement accepté les conséquences ?

On retrouve, comme au Royaume Uni, une nostalgie pour un passé prestigieux dans un pays où les débats sur le roman national à enseigner au lycée prennent plus de place que les difficultés à prendre sa place dans l'économie mondiale. Le siège de membre permanent au Conseil de sécurité et une armée encore capable de déploiement à l'étranger ont pu, à l'instar, du Royaume Uni maintenir l'apparent confort du monde ancien. La crise économique diffuse depuis les chocs pétroliers et la crise d'un État providence inscrit dans l'ADN national depuis le Conseil de la résistance entraînent pourtant davantage aujourd'hui une paralysie que la recherche d'une alternative viable. Aujourd'hui c'est comme si la population paniquée préférait le saut dans la vide à la recherche consensuelle des réajustements nécessaires Le pays est même prêt à se laisser submerger par une vague populiste. Le FN génère un puissant antilibéralisme qui fait peser des menaces tant sur la démocratie que l'économie de tout le continent.

Le récit européen n'a jamais été assez fort pour dépasser les imaginaires nationaux issus de la Seconde Guerre mondiale. Ils restent présents et tirent France, Allemagne et Royaume-Uni vers des directions contraires alors qu'il n'y a jamais eu tant besoin d'unité. Comment ne pas céder aux sirènes de la désunion alors que l'Europe n'a jamais eu autant la nécessité de travailler ensemble ?

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