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Le blog d'Anthony Favier

Courage : Bibliographie commentée

19 Août 2017 , Rédigé par Anthony_Favier Publié dans #Courage

Articles de presse

2017

Par ordre anté-chronologique

  • Dossier "les pratiques singulières de Courage", Golias Hebdo, 31 août-6 septembre 2017, n°492.

Golias Hebdo propose un dossier qui reprend les différents éléments apparus durant l'été 2017. Il se compose de trois documents : 

  1. un éditorial de la rédaction de Golias intitulé "Courage, fuyons !"
  2. un article de Gino HOEL : "Courage : l'association qui veut guérir les homosexuels"
  3. un entretien avec Anthony FAVIER (moi) : "nous ne voulons pas de ce retour en arrière obscurantiste". 
  • "Retour sur info", Journal de Saône-et-Loire, 11 août 2017, p. 6

Ce dossier est la conséquence d'un droit de réponse demandé par la Communauté de l'Emmanuel et le Louis-Marie GUITTON suite à la parution de l'article du JDS du 6 août. Réfutant le souhait de Courage de guérir les homosexuels, il réitère sa conception  : "du point de vue de la religion, les actes homosexuels sont condamnables". Mis devant plusieurs citations embarrassantes (une phrase de Paul CHECK et un lien sur le site de Courage France), Louis-Marie GUITTON évoque des incompréhensions hors contexte. L'article rappelle toutefois que la pétition pour l'interdiction des thérapies de contradiction initié par un militant d'Amnesty international - Franc a obtenu 38 000 signatures depuis décembre 2016.

  • "Paray-le-Monial : homosexualité et chasteté, le débat qui divise l'Église", Journal de Saône-et-Loire, 6 août 2017, p. 2-4

Le dossier de 2 pages réalisé par Alex SIMARD rend compte des activités estivales 2017 de l'association Courage à Paray-le-Monial. La journaliste s'est immergée durant une journée dans les activités de l'association. La position idéologique de Courage de l'homosexualité comme déviance est assez bien résumée par la positon rapportée d'un diacre de l'Emmanuel de 34 ans : "les rapports homosexuels font du mal. Répondre à ses pulsions ne permet pas d'aller mieux". On y découvre plusieurs personnes hantées par leurs culpabilité. Un homme de 53 ans dit avoir annulé ses vacances en Corse par peur des "tentations sur la plage". Plusieurs parcours de vie sont ainsi exposées à la première personne pour pousser le lecteur à se faire une idée. Alex Simard justifie le choix de la clandestinité pour aborder Courage au nom de principes journalistiques : "l'année dernière, le Journal de Saône et Loire, avait essayé d'assister à cet atelier, à visage découvert mais en vain". Dans un entretien, Louis-Marie Guitton, le prêtre qui préside Courage France, affirme que "les actes homosexuels ne conduisent pas au bien de la personne". En contrepoint, on trouve un entretien avec Anthony Favier (moi), co-président de David et Jonathan, qui met en garde contre les dérives et un rappel des critiques de la section locale de la Ligue des Droits de l'homme sur l'attribution de moyens publics à la Communauté de l'Emmanuel.

NB. Mon entretien a fait l'objet d'un droit de réponse par la Communauté de l'Emmanuel et par Louis-Marie Guitton paru dans l'édition du 11 août 2017 (p. 6), cf. supra.

  • "Church of England demands ban on conversion therapy", The Guardian, 8 juillet 2017 (EN).

L'article de Harriet SHERWOOD présente la demande de l'Église d'Angleterre (= anglicane) auprès du gouvernement afin d'interdire les thérapies de conversion. La motion (adoptée à une large majorité) condamnant cette pratique est née de l'émotion causée par le témoignage de deux personnes devant le synode de l'Église d'Angleterre. Les responsables anglicans se rallient aux avis dominants des sociétés savantes de leur pays qui condamnent ses pratiques : le NHS (la Sécurité Sociale britannique), le collège royal des psychiatres, le Council of Psychotherapy et le collège royal des praticiens généralistes. L'une des témoins, Jayne OZANNE, a déclaré : "l'exclusion, la stigmatisation et les préjugés peuvent entraîner des problèmes de santé mentale pour les personnes soumises à ces abus". Paul BAYES, évêque de Liverpool, à l'occasion des débats a déclaré que l'orientation LGBT n'est ni un crime ni un péché : "nous n'avons pas besoin de lancer les personnes dans des thérapies si elles ne sont pas malades". Notons qu'en France, la conférence des évêques (catholiques) n'a jamais pris publiquement position contre les thérapies de conversion.

  • Le dossier "l'Inquisiteur amoureux", Golias Hebdo, 488, 6-12 juillet 2017.

À l'occasion de la sortie de  l'ouvrage La première Pierre de Krzysztof CHARAMSA (Paris, la découverte), Golias hebdo consacre un dossier à l'ancien prêtre au service de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi à Rome. Ce dernier a fait un fracassant coming out avant le premier synode catholique portant sur la famille en 2015. L'entretien réalisé avec les journalistes de Golias Hebdo permet de comprendre, du point de vue d'un ancien insider, comment l'Église catholique est en train de buter sur la question des femmes et des minorités sexuelles dans les démocraties contemporaines.

Pour l'ancien prêtre, le problème est, avant tout, intellectuel : "la théologie (catholique) n'a pas produit de pensée qui permettrait (...) de faire bouger l'Église, parce qu'il est défendu d'étudier l'homosexualité dans une ambiance de dialogue interdisciplinaire, justement parce que ceci mettrait facilement en doute la position du langage arriéré de l'Église d'aujourd'hui" (p. 3). Pis, le théologien brosse le portrait d'un catholicisme enclin à une crise intellectuelle similaire à celle qui a vu surgir la science moderne au 19e siècle : "un théologien sérieux ne peut rien écrire sur l'homosexualité, parce que s'il est logique et s'il se confronte à un dialogue interdisciplinaire, il perd aussitôt sa place de travail dans l'Église ; le Vatican (...) ne permet pas en effet de se confronter à la psychologie contemporaine, à la biologie, à la médecine etc".

Restant à la conception de l'homosexualité comme une déviance, l'Église catholique se place dans une position intenable et, à terme périlleuse, "parce qu'elle travaille aujourd'hui contre les droits humains des personnes LGBTIQ." D'où sa question angoissé : "je me demande combien de vies devront encore être sacrifiées, combien de personnes devront encore mourir physiquement et spirituellement avant que l'Église ouvre les yeux et commence à se confronter vraiment à la réalité ?" (p. 5)

Interrogé sur les changements depuis l'avènement du pape François, il est sceptique : "les documents ecclésiaux homophobes continuent à être en vigueur" (p. 6) et l'exhortation apostolique Amoris laetitia (mars 2016) les a confirmés : les homosexuels sont "vus comme des personnes incapables d'amour humain, pathologiques et donc inapte au mariage" (idem). Seul lueur d'espoir : l'archevêque de Newark aux États-Unis, Mgr TOBIN, qui s'est déclaré "frère" des "LGBTIQ". Cela casse la lettre de la Congrégation de la Doctrine de la Foi (1986) aux évêques qui interdisait toute reconnaissance d'identité LGBT au sein de l'Église. Mais il s'inquiète de la marginalité de son geste et des répercussions qu'il pourra avoir sur sa carrière ecclésiastique. Pour Krzysztof Charammsa, le cœur de la doctrine catholique est homophobe : "les lois de l'Église offensent et méprisent les gays en les comparant à des personnes malades mentalement." (id.) Dans une longue partie de l'entretien, il dépeint François, pape de bonne volonté, mais prisonnier d'une curie bureaucratique, corrompue et incapable de se réformer.

  • Pascal HUBERT, "Dérives : de l'emprise de la liberté : un cas d'école", Golias magazine, 174, mai-juin 2017.

Dans cet article, Pascal HUBERT ne parle pas directement de Courage. Il s'agit principalement de la présentation de l'ouvrage de l'Emprise à la liberté, dérives sectaires au sein de l'Église catholique. Témoignages et réflexions (Paris, 2017). Néanmoins, cet article permet de bien voir où en est la réflexion actuelle sur la question.

Il est absurde de dire que l'Église catholique est une secte, néanmoins, comme tout groupe religieux, elle est susceptible d'abriter en son sein des pratiques sectaires. Un ouvrage de 1996, les Naufragés de l'Esprit tirait la sonnette d'alarme mais l'institution a mis un certain temps en France à sortir du déni. Elle a dû le faire notamment à cause des révélations portant sur les abus sexuels sur mineurs. C'est en 2013 que le président de la Conférence des évêques de France, Georges Ponthier a répondu officiellement à une quarantaine de victimes d'abus sexuels. Tout en indiquant qu'il appartient aux victimes de porter plainte, l'archevêque de Marseille a reconnu publiquement des errements au sein du catholicisme français en nommant explicitement 14 communautés, mouvements d'Église et congrégations religieuses. Or, parmi elles, il y a bien la Communauté de l'Emmanuel qui favorise l'implantation du mouvement Courage en France depuis l'été 2015.

Ce qui ressort du dossier c'est l'aspect assez convergent des situations qui donnent naissance aux abus : "le problème provient du fait que, dans certaines communautés ou mouvements religieux, la liberté se trouve foncièrement confinée et pervertie, au point où surgissent de graves et profondes dérives" (p. 2). Toujours selon Pascal HUBERT, l'existence des dérives est "due, entre autres, à une théologie dogmatique, fondée sur le dolorisme et l'obéissance aveugle (...) il s'agit des mouvements parmi les plus conservateurs au sein de l'Église, qui ont chacun une vérité auto-proclamée et qui peinent à reconnaître la modernité comme un bienfait" (idem). Pourquoi ces communautés sont-elles puissantes au sein du catholicisme ? L'auteur de l'article avance l'existence d'une dépendance des évêques à leur égard : elles fournissent des vocations et sont pourvoyeuses d'initiatives. Elles déploieraient également un intense service de relations publiques pour se rendre indispensables à la bonne marche des communautés.

Le reste de l'article fait le point sur les réponses, encore timides, des évêques français tentés de gérer en catimini les problèmes. Il finit sur l'évocation de plusieurs exemples tirés d'affaires impliquant les Foccolari, l'Opus Dei et les Légionnaires du Christ et l'état des lieux du droit pour les victimes.

  • Pierre de BOISSIEU et Florian BARDOU, "En France, l'interdiction des "thérapies" de conversion n'est pas pour tout de suite", Libération, 21 janvier 2017.

Dans cet article, les deux journalistes de Libération se demandent si l'interdiction des thérapies de guérison à Malte (décembre 2016) pourrait être adoptée en France. L'article rappelle que, dans de nombreux pays, des acteurs religieux ou médicaux prétendent pouvoir guérir l'homosexualité. La gamme des traitements est large : "du bourrage de crâne sous couvert d'accompagnement psychospirituel aux bons vieux électrochocs en passant par l'exorcisme", même si différentes sociétés médicales de renom condamnent cette pratique. Et en France ? Louis-Georges TIN (IDAHO) avance 5 à  6 groupes pratiquant ces thérapies et le flou peut régner chez des psycho-thérapeutes qui voient l'homosexualité comme un trouble identitaire. Si une Église évangélique implantée à Cognac a été condamnée à "provocation à la haine" suite à des tracts intitulés "délivré de l'homosexualité" diffusés sur le marché, il est dur d'évaluer l'ampleur de la pratique du côté protestant. Durant l'été 2012, l'association protestante (évangélique) "Torrents de vie" est dénoncée dans une pétition pour son séminaire organisé en Ardèche. Najat VALAUD-BELKACEN, Ministre des Droits des femmes en charge de la lutte contre l'homophobie, saisit la Mivilude. Si le mot "guérison" n'apparaît plus sur le site de l'association, un stage estival "de restauration et de formation" est toujours proposé. Pour le pasteur Stéphane LAVIGNOTTE interrogé dans l'article, il y a un "regain" pour ce genre des pratiques chez les néo-pentecôtistes mais son inquiétude est limitée même si "elles font des victimes chez des personnes vulnérables". Du côté catholique, Courage s'implante depuis 2015, via le diocèse de Toulon-Fréjus et la Communauté de l'Emmanuel, en France. Anthony FAVIER, co-président, de David & Jonathan (moi) souligne : "depuis trois ans, la Communauté charismatique de l'Emmanuel, un courant conservateur dans la droite ligne de la 'Manif pour tous' essaye d'implanter Courage en France. Ses dirigeants ne recommandent pas la guérison de l'homosexualité à proprement parler mais ils proposent de contenir sa sexualité". Néanmoins, une enquête menée par les journalistes sur le site exhume un texte tendancieux en ligne (à la date de la publication de l'article) sur le blog de l'association (http://couragefrance.blogspot.fr). Rédigé par le prêtre américain Paul N. CHECK (l'un des fondateurs de Courage) aux États-Unis il qualifie "l'attirance vers le même sexe" comme "un désordre développemental qui est à la fois soignable et évitable". Une pétition sur la plateforme change.org initiée par un militant d'Amnesty international France a recueilli 26 000 signatures (en janvier 2017) pour demander que le gouvernement agisse.

2016

  • Olivia de FOURNAS, "l'Association Courage, chemin chrétien pour les personnes homosexuelles", Famille chrétienne, 2011,  26 juillet 2016.

Adresse URL : http://www.famillechretienne.fr/eglise/vie-de-l-eglise/l-association-courage-chemin-chretien-pour-les-personnes-homosexuelles-199952 (page consultée le 19 août 2017)

Cet article est, en réalité, un entretien avec Mili HAWRAN qui est la co-fondatrice de Courage France (avec le père Louis-Marie GUITTON). Il reflète de manière assez claire les intentions des importateurs en France du mouvement américain. Cette militante récuse l'action des autres associations existantes : "il existait des mouvements fondés par les laïcs, mais aucun ne proposant un chemin de sainteté vraiment fidèle au magistère" et "pour moi, il était capital que cette organisation soit insérée dans l'Église et c'est la seule de ce genre qui soit approuvée aujourd'hui par le Vatican".

Se présentant comme extrêmement fidèle à la volonté du pape François, Mili HAWRAN spiritualise la question : toutes les difficultés éventuelles que pose Courage sont renvoyées à une métaphore du type "porter sa croix" : "on ne choisit pas forcément son orientation sexuelle, on peut en revanche choisir un chemin de sainteté", "Jésus et l'Église en proposent pas un chemin de malheur, mais une voie vers de bonheur, même si ce n'est pas celui du monde". La thématique de la guérison est par ailleurs récusée ouvertement : "les personnes homosexuelles ne viennent pas pour avoir des réponses sur la raison de leur homosexualité, ni pour changer leur orientation. Elles ne visent pas une guérison intérieure, ni un coming out. Elles sont là pour expérimenter la miséricorde de Dieu"...

À aucun moment, la journaliste ne porte la contradiction à Mili HAWRAN ni lui fait envisager d'autres points de vue. Cet article tend à montrer que Famille chrétienne veut servir - consciemment ou inconsciemment - de relai de communication pour Courage France.

Communiqués de presse d'acteurs associatifs s'inquiétant de l'essor de Courage

2017

  • Communiqué de presse de la Ligue des Droits de l'homme section de Paray-le-Monial, de Rainbow Châlon-sur-Saône et de Solidarité laïque 71, "L'homophobie n'est pas une opinion, c'est un délit", 12 août 2017.

Adresse URL : http://site.ldh-france.org/paraylemonial/2016/08/12/communique-ldh-paray-monial-rainbow-chalon-saone-solidarite-laique-71-lhomophobie-nest-opinion-cest-delit/ (page consultée le 20 août 2017)

Le communiqué donne plusieurs réserves concernant la tenue de la session Courage sur un terrain communal à Paray-le-Monial. Le mouvement propage l'idée que l'homosexualité est une "déviation grave" contraire à la loi naturelle et "cette déviation" doit être déparsée. La ligue invoque la loi de 2008 de lutte contre les discriminations à l'orientation sexuelle pour condamner "des assertions dénuées de tout fondement scientifique mais héritées de préjugés".  Rappelant un certain nombre de principes républicains, le mouvement de défense des droits humains dénonce l'homophobie du rassemblement.

  • Communiqué de presse de la Ligue des Droits de l'homme section de Paray-le-Monial et de Solidarité laïque 71, " Le "parcours homosexualité" de Paray-le-Monial, c'est de l'homophobie !", 3 août 2017.

Adresse URL :  http://site.ldh-france.org/paraylemonial/2017/08/04/parcours-homosexualite-de-paray-monial-cest-de-lhomophobie-communique-de-ldh-paray-de-solidarite-laique-71-382017/ (page consultée le 20 août 2017)

Dans ce communiqué, la section locale des Droits de l'homme s'inquiète de la tenue du "parcours homosexualité" sur le parc municipal de la commune de Paray-le-Monial. La controverse est portée sur un terrain juridique et plus spécifiquement celui du droit de la laïcité. Un événement confessionnel, dont le but est de diffuser la position contenue dans le catéchisme l'Église catholique concernant l'homosexualité, à savoir qu'il s'agit d'une "déviation grave", peut-il se dérouler sur un bien municipal ? Le communiqué de presse rappelle que la Communauté de l'Emmanuel est mobilisée contre les études de genre, appelées caricaturalement "théorie du genre", et dénonce de manière régulière les évolutions récentes des rapports entre les hommes et les femmes. Sans surprise, la Ligue appelle à la fin de la tenue des rassemblements de l'Emmanuel sur le terrain communal.

  • Lettre ouverte de David & Jonathan suite à l'article de Samuel LIEVEN dans la Croix, " "Chasteté et abstinence" : pas de fatalité pour les homosexuel-le-s ! ", 6 août 2017.

Adresse URL : https://www.davidetjonathan.com/2017/08/07/la_croix/ (page consultée le 20 août 2017)

Ce communiqué de l'association LGBT chrétienne dénonce le traitement journalistique dans l'article de la Croix du 31 juillet 2017 du "parcours homosexualité" proposé dans les sessions organisées par la Commuauté de l'Emmanuel à Paray-le-Monial. Refusant tout amalgame avec Courage, David & Jonathan dénonce des "informations, mal contextualisées, (qui) ne permettent pas au lecteur de comprendre les différences entre Devenir Un en Christ (DUEC) et Courage, mouvement potentiellement dangereux, objet de plaintes aux États-Unis et plusieurs fois dénoncés en France pour homophobie". Le mouvement en profite pour rappeler l'une des ressources en ligne sur le site de Courage France  : une déclaration de l'association médicale d'Amérique du Nord, traduite en français, qui décrit de manière très explicite une "thérapie de guérison". Le communiqué conclut sur la nécessité de pas tant aider les LGBT à trouver leur place dans l'Église catholique de prendre conscience de la place qu'il y ont déjà au nom de leur baptême.

Ouvrages et monographies spécialisées

  • Vincent HANSSENS, De l'Emprise à la liberté, dérives sectaires au sein de l'Église témoignages et réflexions, Wavre (Belgique) : Mols, 2017, 319 p.

L'ouvrage ne porte pas directement sur Courage mais sur trois mouvements catholiques qui ont défrayé la chronique récemment : les Légions du Christ, les Foccolari et l'Opus Dei. Il permet, plus généralement, de comprendre les mécanismes qui conduisent à l'apparition de "dérives sectaires" au sein d'une Église aussi instituée que la catholique et romaine... Dans la préface, le professeur de droit des religions Louis-Léon CHRISTIANS (Université catholique de Louvain) note avec justesse : "autant l'abus spirituel n'est-il qu'un aléa, autant la responsabilité des structures d'Église est en revanche une nécessité de tous les instants" (p. 10). Le livre constitue, en ce sens, un précieux allié pour les responsables pour démasquer les "faux prophètes" dans des groupes qui se revendiquent de manière trop tonitruante de l'Esprit.

  • L'ouvrage dans une dynamique de prise de conscience par l'Eglise catholique 

En France, depuis novembre 2013, l'institution catholique a donné des signes encourageants pour avancer. Une lettre du "collectif de Lourdes" s'inquiète de possibles dérives déclenche une réponse de Georges Pontier, archevêque de Marseille et Président de la Conférence des Évêques de France. Il reconnaît des problèmes "à l'intérieur de l'Église" avec la nomination d'une nouvelle responsable, Chantal-Marie SORLIN, une religieuse, responsable du "bureau des dérives sectaires".

Quelques notations qui indirectement aident à développer un discours critique sur Courage. Un questionnaire, présenté dans le livre et réalisé à partir de personnes ayant quitté les 3 mouvements étudiés, permet de voir plus clair sur les comportements dangereux du point de vue de ceux qui les ont pratiqués. En maintenant un standard moral très élevé, on fait naître assez rapidement un sentiment de culpabilité, de ne "pas être conforme aux idéaux du mouvement" (p. 57). Certains évoquent "la pression psychologique" causée par l'imposition des "normes de piété à accomplir chaque jour", ce qui produit du stress et de la culpabilité (p. 58). Dans ce type de structures, on peut aboutir à des sentiments de perte d'identité de soi ou de faire des choses contraires aux caractéristiques fondamentales de sa personnalité. Si le départ est difficile et coûteux psychologiquement, il est possible et, à terme, fécond.

  • Ce que dit le droit des dérives sectaires

Une mise au point de l'avocat Pascal HUBERT permet de voir ce que dit le droit. Si la Convention européenne des Droits de l'homme garantit la liberté de conscience et assure des protections dans l'exercice de ses convictions religieuses, cela se fait avec certaines restrictions. Certaines sont même bien connues : l'ordre public, la santé, la morale et la protection des droits et libertés d'autrui.

La Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) définit les dérives sectaires comme

"un dévoiement de la liberté de pensée, d'opinion ou de religion qui porte atteinte à l'ordre public, aux lois ou aux règlements, aux droits fondamentaux, à la sécurité ou à l'intégrité des personnes. Elle se caractérise par la mise en œuvre, par un groupe organisé ou par un individu isolé, quelle que soit sa nature ou son activité, de pressions ou de techniques ayant pour but de créer, de maintenir ou d'exploiter chez une personne un état de sujétion psychologique ou physique, la privant d'une partie de son libre arbitre, avec des conséquences dommageables pour cette personne, son entourage ou pour la société."

Une loi ABOUT-PICARD du 12 juin 2001 (et acceptée par le Conseil Constitutionnel) propose de lutter contre les dérives sectaires. Les associations de lutte contre les comportements sectaires sont en droit de se porter partie civile. Les mouvements dangereux peuvent être dissous :

"peut être prononcée, selon les modalités prévues par le présent article, la dissolution de toute personne morale, quelle qu'en soit la forme juridique ou l'objet, qui poursuit des activités ayant pour but ou pour effet de créer, de maintenir ou d'exploiter la sujétion psychologique ou physique des personnes qui participent à ces activités, lorsque ont été prononcés, contre la personne morale elle-même, ou ses dirigeants de droit ou de fait, des condamnations pénales définitives pour l'une ou l'autre des infractions énumérées."

NB. parmi ces infractions : atteintes aux personnes ou à leur dignité, d'exercice illégal de médecine ou de la pharmacie, de publicité mensongère, de fraudes ou de falsifications.

En plus de la dissolution du mouvement, la loi de 2001 a créé un "délit d'abus de faiblesse" dû à une emprise mentale. Si le jugement est altéré par l'exercice de pressions graves et réitérées, l'auteur peut être condamné au pénal. Une circulaire (19 septembre 2001) précise les contours de l'application du délit. L'état de sujétion doit être expertisé et mettre au jour :

  1. des critères comme la rupture familiale ou professionnelle, l'enfermement, le refus de traitements médicaux, l'exigence de remises de fonds.
  2. l'usage de technique d'altération du jugement comme les tests, les privations de sommeil et de nourriture, un vocabulaire abscons, l'adoption d'un état civil spécifique...
  3. les conséquences du jugement altéré comme la remise de fonds, la rupture avec les proches, le travail, le refus de soin. 

Autrement dit, sauf la mise en place d'une vaste action collective qui permettrait de mobiliser des victimes, il est difficile d'appliquer pour l'instant ces critères pour le mouvement qui nous intéresse ici. 

  • Critères de vigilance 

Il est néanmoins intéressant de voir quels sont les points qui doivent attirer la vigilance de personnes soucieuses de ne pas voir de nouvelles dérives apparaître dans le catholicisme.

Le Service "Pastorale Dérives sectaires" de la Conférence des Évêques de France, dirigé par sœur Chantal-Marie SORLIN, a établi en 2014 un document permettant d'évaluer les déviances sectaires. Elle retient 4 critères :

  1. le culte de la personnalité,
  2. la coupure avec l'extérieur,
  3. la manipulation,
  4. l'incohérence de la vie.

Commentant le troisième point, le prêtre montre qu'il y a une confusion fréquente entre les fors externe et interne - ce que j'ai déjà relevé moi-même : "les rôles de confesseur et de directeur spirituel (for interne) ne doivent, dès lors, jamais être confondus avec la charge de supérieur (for externe). Il en va de même en ce qui concerne le suivi psychologique qui ne devrait jamais être fait en interne de la communauté. Une autorité doit toujours être limitée dans son domaine propre" (p 258). Dominique Auzenet souligne même : "le suivi psychologique ne devrait jamais être fait en interne dans une communauté ou une association chrétien, afin de préserver la liberté des personnes et de réduire les interactions : prise de pouvoir, lutte d'influence, risque de concertation au mépris du secret de l'accompagnement, gaffes variées et et indiscrétions qui fusent vite dans un cercle restreint" (Idem). Sur les confession publiques : "sous couvert de fraternité et de compassion, la personne est bafouée dans son intimité salutaire et elle est forcée à une sorte d'exhibitionnisme psycho-spirituel, c'est-à-dire finalement à un viol psychique" (id.). 

 

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